La rébellion muleliste, on l’a vu, avait largement contribué à l’éclatement des grandes missions du diocèse, aussi bien sur le plan matériel que spirituel. Mais au travers de tous ces événements les Oblats ont lu les signes du temps et de la présence de Dieu. Ils ont, pour cela, accéléré le processus de décentralisation (de la pastorale) et ont compris que désormais leur mission était essentiellement devenue, selon la belle expression du père Drouart, un service humble de la jeune chrétienté d’Idiofa et de l’Eglise du Congo .
3.1. Le service de la jeune chrétienté
En 1966, Idiofa était passé de la commission au statut d’Eglise locale. Le jeune clergé local, composé alors de 16 prêtres, se montra très vite à la hauteur de la tâche. A côté des Oblats, il participa activement au développement du diocèse. Mgr Toussaint, en bon pasteur, accéléra le processus de décentralisation dont il avait senti la nécessité depuis 1958, année de son ordination épiscopale.
La brutalité des douloureux événements mulélistes contraignit les agents pastoraux à passer d’une pastorale d’institutions à une pastorale de contacts personnels, notamment avec la jeunesse qui avait constitué l’élément le plus actif de la rébellion. Désillusionnés, les Oblats vont surtout essayer de repenser leur méthode d’apostolat, selon l’esprit de la circulaire Pour un renouveau de notre pastorale publiée par Mgr Toussaint le 15 octobre 1964 et grâce à laquelle « les missionnaires peuvent désormais s’interroger sur les aspirations, les besoins réels et l’impact de la religion sur leur peuple. Il ne faut plus simplement apporter le message et le verser sur un peuple, mais il faut approfondir la connaissance du peuple et partir de ses réalités concrètes pour annoncer la Bonne Nouvelle ». Pratiquement il ne s’agit plus de baptiser à tout prix ou de continuer à fonder sans cesse des postes de mission ; il s’agit maintenant de se mettre à l’écoute des populations pour connaître leurs vrais problèmes ; il ne s’agit plus d’attendre les chrétiens à la mission centrale ; il s’agit maintenant d’aller les rencontrer dans leurs villages pour leur redonner confiance, ranimer leur foi et discuter ensemble des projets visant la promotion humaine. C’est justement dans ce contexte de découragement, de désarroi, de misère physique et économique que vont être prises les différentes initiatives de développement communautaire[19], que Mgr René Toussaint accompagna d’ailleurs personnellement. Véritable pasteur de son peuple, il « suivait de très près toutes les activités internes du M.P.P. (Mouvement Progrès Populaire) ; mais il s’intéressait aussi aux contacts avec les organismes d’entraide, et se réservait toutes les décisions en ce domaine ». Le père Jean Drouart, en visite canonique au Congo en 1966, note ce qui suit au sujet de ces initiatives :
A ce point de vue, les différentes initiatives de ‘‘développement communautaire’’ m’ont fortement impressionné : comme le dit la Préface, la vie chrétienne suppose un modum sese gerendi rationabilem et vos initiatives, en ce domaine, rentrent bien dans ce que le n° 4 des nouvelles Règles présente comme une des caractéristiques de notre apostolat : lorsque les conditions de la société sont telles qu’elles rendent difficile un authentique travail d’évangélisation, il s’agit d’améliorer le sort des hommes…
Sur le plan pastoral, les Oblats s’investirent particulièrement dans l’animation de la liturgie selon les nouvelles normes du Concile Vatican II et dans la constitution des Bimvuka ya Lutondo (CEB) à travers tous les villages sous leur juridiction. Elie Cambron et plus tard Daniel Delabie et Justin Alung, qu’accompagnaient généralement un groupe de laïcs (animateurs pastoraux) s’illustrèrent dans l’animation de ces CEB et dans la conscientisation des villages et grands centres urbains du diocèse. Mais leur action apostolique restait encore confinée dans la cité d’Idiofa et les villages environnants : Punkulu, Impanga, Elom, Ingung, Idiofa Bala Bala, Lungu, Idjim, Tomoti, Luse, Bitshambele, Iseme, Bembele, Intsung, Musanga, Ingundu, Impini, Ifwanzondo, Intshwem Mission et Labwi, Banda, Yassa Lokwa, etc. Néanmoins, les trois missionnaires et leurs accompagnateurs étaient régulièrement invités à visiter des villages autres que ceux faisant la ceinture de la cité d’Idiofa. Mgr Eugène Biletsi, sacré évêque d’Idiofa en 1970, apporta tout son appui aux Oblats et les encouragea à s’engager plus à fond dans cet apostolat de proximité.
Dans la perspective d’un retour définitif des missionnaires belges, le Conseil provincial, sur demande de Mgr Biletsi, décida le 23 juin 1986 de regrouper les Oblats en six communautés-missions : Ifwanzondo, Lozo, Panu, Mwembe, Intshwem et Dibaya-Lubwe, les quatre premières étant « réservées aux Oblats ». Il faut dire que ce regroupement a eu le mérite de rendre plus visible encore la dimension communautaire de l’action missionnaire oblate et qu’elle a, en conséquence, favorisé l’éclosion des vocations religieuses et sacerdotales.
3.2. La promotion des vocations
L’avènement de Daniel Loobuyck comme Provincial fut providentiel dans l’exacte mesure où il favorisa l’émergence d’une nouvelle vague de vocations oblates. Théophile Muke, qui fit son noviciat à Kinshasa (Mbudi) chez les Pères scheutistes, y mourut malheureusement le 9 octobre 1975 d’une cirrhose du foie. Cette mort inopinée ne découragea pourtant pas les Oblats qui, l’année suivante, envoyèrent au même noviciat Jean-Pierre Bwalwel et François Ngayndam, tous deux originaires du diocèse d’Idiofa.
A partir de 1977 le noviciat oblat fonctionnera dans l’enceinte de la maison de retraites d’Ifwanzondo. Le père Louis Mbwol, maître des novices, accompagnera dès cette même année une dizaine de jeunes qui émettront leurs premiers vœux en septembre 1978. Le père Louis exercera ce ministère jusqu’en 1984, année à laquelle le pape Jean-Paul II le nommera évêque auxiliaire d’Isangi.
Le cinquantenaire des Oblats au Congo en 1981 avait, quant à lui, coïncidé avec la construction du noviciat à Ifwanzondo et du scolasticat à Kinshasa. Cette grande célébration, à laquelle avaient participé l’évêque d’Idiofa Mgr Eugène Biletsi, Mgr René Toussaint[21], le Supérieur général Fernand Jetté et le Conseiller général pour l’Afrique Thomas Manyeli, était suivie d’un important mini-congrès au cours duquel la Vice-province prit le soin de se donner de nouvelles orientations missionnaires, tout en faisant de la formation première la priorité de son action.
Mais revenons à l’année 1978. A partir de cette année, les jeunes qui finissaient le noviciat à Ifwanzondo ne prenaient plus la route du Lesotho. Ils étaient plutôt envoyés à Kinshasa au scolasticat inter-congrégationnel de l’ASUMA d’où ils gagnaient chaque matin la banlieue de Kimwenza pour étudier la philosophie chez les Jésuites. Avec le temps toutefois, les Oblats décideront l’ouverture, en 1982, de leur propre théologat dans l’enceinte du scolasticat de Kintambo, dont la direction fut confiée à Daniel Loobuyck, assisté par René Béchet, Marius Bobichon, Hubert Lagacé, Nino Bucca et René Vermeire, celui-là même qui conduisit jusqu’à leur terme les travaux de construction du scolasticat Saint Eugène de Mazenod dans la commune de Kintambo. Celui-ci fut béni par Mgr Louis Mbwol et inauguré par le Supérieur général Marcello Zago en 1987. Depuis ce temps, le scolasticat et le théologat Saint Eugène de Mazenod accueillent des dizaines de jeunes Oblats et d’autres appartenant à différentes congrégations pour la formation religieuse et académique.
Pour renforcer la formation à l’internationalité, les Supérieurs majeurs de la Sous-Région Francophone d’ Afrique et Madagascar ont décidé, lors de la Conférence sous-régionale de Dakar en janvier 2004, la consolidation et le regroupement des maisons de formations existantes. C’est ainsi que depuis octobre 2004, le scolasticat Saint Eugène de Mazenod de Kintambo fonctionne comme maison de formation consolidée devant accueillir les jeunes Oblats théologiens du Congo, du Cameroun, du Nigeria, du Tchad, du Sénégal et de Madagascar.
Avec la nouvelle vague, les Oblats n’ont plus connu de crise de vocations. A Ifwanzondo comme à Kintambo, les promotions de novices et de scolastiques se sont succédées l’une après l’autre, sans interruption, jusqu’à ce jour. Des dizaines de jeunes gens enthousiastes y passent leur initiation à l’aventure missionnaire et se disent prêts à vouer leur existence au service de l’Evangile. Par ailleurs les Oblats ayant exercé leur ministère en qualité de maîtres des novices ou de supérieurs du scolasticat se sont tous montrés à la hauteur de la tâche.
3.3. Au service de l’Eglise locale du Congo
A quelque chose, dit-on, malheur est bon. Dans l’incertitude du lendemain, l’une des conséquences heureuses des événements mulelistes a été la fondation de la Procure Saint Eloi à Kinshasa (commune de Barumbu) en 1966. Comment cela a-t-il été rendu possible ?
En 1964, les Oblats, obligés par les événements à se replier sur Léopoldville, ressentirent la nécessité d’y ouvrir une résidence pour assurer un pied-à-terre aux pères et frères dispersés à travers la capitale. Mais Mgr Joseph Malula, archevêque de Léopoldville, conditionnait l’ouverture officielle d’une résidence religieuse à la prise en charge d’une paroisse, en ville ou dans la banlieue. Le choix tomba sur la succursale dédiée à Saint Eloi. Celle-ci comprenait alors quelques quartiers relativement anciens, comme le camp et la prison militaires de Ndolo, le quartier Otraco, le quartier de l’aérodrome, précédé par le quartier commercial dit ‘Bon Marché’.
Une fois ce choix fait, le père scheutiste Gaston Fransen, alors aumônier de Saint Eloi, passa la main à un Oblat de Marie Immaculée, le père René Barbier, premier chapelain oblat de la succursale. Mais à partir de 1966, le centre d’intérêt principal du père Barbier va se déplacer vers les services de l’économat de la Vice-Province oblate.
En 1966, Kinshasa est une métropole rassemblant le dixième de la population nationale. L’archidiocèse de Kinshasa et même la Conférence épiscopale se trouvent rapidement débordés par l’immensité des tâches pastorales à assurer. Les Oblats, comme d’ailleurs la plupart des congrégations religieuses, qui demandent de s’implanter dans la capitale, acceptent, par obligation morale, de prendre part aux nombreuses activités pastorales de l’archidiocèse. Mais il y a aussi l’ASUMA où les Oblats apportent une contribution significative à la formation des jeunes religieux congolais, avec les pères Benoît Kabong et Daniel Loobuyck comme, successivement, supérieurs du scolasticat inter-congrégationnel jusqu’en 1982, année de la fondation du scolasticat oblat Saint Eugène de Mazenod à Kintambo.
Entre 1970 et 1982 toute l’action missionnaire oblate consistera à assurer les tâches de l’évangélisation, de l’éducation, de la santé (à Mutoy particulièrement avec le père Ludo Wouters) et de la promotion humaine.
En 1984, un événement de taille va contribuer indirectement à étendre le champ apostolique des Oblats. C’est l’ordination épiscopale, le 25 novembre, à Isangi, de Mgr Louis Mbwol Mpasi comme évêque auxiliaire d’Isangi. Situé dans l’actuelle Province de Tshopo, Isangi est un diocèse de 50.000 Km2 habité par un peu plus de 515.000 habitants dont 13 pour cent seulement sont catholiques.
Mgr Jansen, évêque d’Isangi, dont le dévouement pour son diocèse reste exemplaire jusqu’à ce jour, ne se contenta pas de la seule présence de Mgr Mbwol à ses côtés. Il alla jusqu’à solliciter, en 1987, le concours des confrères de ce dernier pour l’évangélisation de son diocèse. Une convention liant le diocèse d’Isangi et les Oblats fut signée peu avant la mort inopinée de Mgr Jansen en Belgique où il se trouvait en congé. Bientôt « appelé à lui succéder, Mgr Mbwol fut amené à installer, la même année, ses confrères Oblats dans la lointaine mission d’Opala au sud du diocèse, en plein dans la cuvette centrale, immense paroisse plus étendue que la moitié de la Belgique, au bord de la grosse rivière Lomami »[24]. Deux années plus tard, Mgr Mbwol confia au zèle des Oblats la fondation et la prise en charge du petit séminaire Anuarite Bolingo[25], installé à la mission catholique Yabwanza et inauguré le 18 septembre. Plus tard, les Oblats desserviront aussi la mission catholique de Wenge après le départ des missionnaires montfortains.
A Kinshasa, en dehors de Saint Eloi, les Oblats ont aussi accepté de s’occuper des paroisses Saint Philippe (Camp Luka, Ngaliema), Christ Sauveur (Selembao) à partir de 1989 et Saint Justin (Quartier Congo, Ngaliema). Kikwit étant, pour les Oblats – majoritairement alors installés dans le diocèse d’Idiofa– un point de passage obligé vers Kinshasa, le besoin se fit sentir d’y avoir un pied-à-terre. Une maison fut ainsi ouverte en 1992 en attendant l’érection en 1998 de la paroisse Notre-Dame du Rosaire.
3. La Refondation (1992)
Après une période de transition de sept ans, la direction de la jeune Province est bientôt assurée, pour la toute première fois, par un Oblat congolais en la personne de Benoît Kabong Ben’Awis, qui succède à Roger Lievens. Nommé Provincial le 05 mai 1992, le père Benoît fait de la vie communautaire ainsi que de la formation première la priorité de son action, et décide en conseil de transférer la maison provinciale d’Ifwanzondo à Kinshasa.
Mais 1992 et 1993 sont les années de turbulences politiques au Zaïre de Mobutu. Les scènes de pillages, perpétrés par les militaires et le petit peuple, sont signalées dans la plupart des grandes villes du pays. A Kinshasa, depuis que, le 16 février 1992, les chrétiens ont bruyamment organisé la marche d’espoir pour réclamer la réouverture des travaux de la Conférence nationale souveraine suspendus « avec force » par le Premier ministre Nguza Karl-i-Bond, la sécurité du personnel ecclésiastique, expatrié notamment, n’est presque plus assurée. Plusieurs ambassades occidentales conseillent à leurs ressortissants de quitter le Zaïre. C’est ainsi que plusieurs Oblats belges, la mort dans l’âme, se voient contraints de retourner momentanément chez eux.
Mis devant le défi d’assurer seuls la relève en l’absence de ceux qui les avaient formés, les Oblats autochtones vont rapidement prendre en mains leurs responsabilités en continuant courageusement d’organiser la vie et d’animer la mission de la Congrégation.
Le Congrès de 1995, convoqué par le père Provincial Benoît Kabong, peu avant la fin de son mandat, fut, d’après Mgr Marcello Zago, l’occasion « d’exprimer la responsabilité de tous pour discerner les appels du Seigneur et les défis missionnaires ». Les Assemblées provinciales de 1998 et 2003 n’auront pas d’autre prétention. Elles auront surtout permis à la Province de se concentrer sur l’essentiel de sa mission, en replaçant le Christ au centre de toute son action. Cela a été perçu sous un nouveau jour avec le projet Immense Espérance grâce auquel les Oblats du Congo ont courageusement défini de nouvelles stratégies visant à atteindre la nouvelle visée missionnaire.
Il faut donc dire que depuis 1992 les Administrations provinciales, qui se sont succédées (Benoît Kabong (1992-1995), Baudouin Mubesala (1995-1998), Bosco Musumbi (Acting provincial 1998-1999), Paul Manessa (1999-2005), Macaire Manimba (2005-2011) et Abel Nsolo (2011-) ont véritablement engagé la Province dans un processus de ré-fondation par lequel les valeurs de l’Evangile sont mis en oeuvre pour répondre plus adéquatement aux besoins les plus urgents de l’Église locale et de la société congolaise.
En Angola les Oblats, arrivés en février 1997, sont présents dans les diocèses de Luanda, de Cashito et d’Ondjiva. Tout en reconnaissant que les débuts de ces implantations avaient été difficiles, ils sont heureux de constater que dans ce pays ils sont en train d’écrire une formidable épopée missionnaire. Pour soutenir l’élan enclenché, les statuts particuliers et le plan de financement pour la Mission élaborés et soumis à l’approbation du Supérieur général ont été approuvés. L’Administration provinciale ne cesse d’encourager « le Supérieur de la Mission et son conseil à animer la Mission selon l’esprit et la lettre de ces documents importants pour la croissance harmonieuse de la Mission » oblate en terre angolaise. Toutefois, il serait souhaitable que dans cette partie du monde les Oblats continuent à faire preuve d’audace et d’inventivité dans l’élaboration d’un projet pastoral qui soit en phase avec la situation réelle d’un pays qui retrouve petit à petit son unité après autant de décennies de guerre fratricide.
D’autres projets d’implantation existent et attendent toujours une réponse audacieuse des Oblats. Ceux-ci sont, en effet, attendus dans plusieurs diocèses des deux Congo et d’Angola. Entre-temps, sensibles aux appels de la mission, il avait été décidé l’ouverture d’une nouvelle mission dans le diocèse de Lolo en province équatoriale. Un premier groupe de trois missionnaires (deux prêtres et un frère scolastique) s’installait à Ekama en septembre 2007. En septembre 2008, répondant à l’appel de Mgr Domenico Padovano, la Province oblate du Congo, en plein accord avec la province d’Italie (actuelle province Méditerranée), prenait pied dans le diocèse de Conversano-Monopoli en Italie. Deux prêtres congolais purent ainsi commencer une nouvelle expérience pastorale à Pezze di Greco. En septembre 2015, les Oblats congolais se sont vu confiés l’administration de la paroisse Maria Santissima Immacolata de Casalini di Cisternino (Province de Brindisi). Et l’aventure missionnaire continue !
L’avenir en pointillés …
Depuis leur arrivée au Congo en 1931, les Oblats ont toujours eu la conscience d’appartenir à un corps religieux et missionnaire. Pour cela, ils participent activement, par leur vie et leur travail, à la mission de l’Église, qui est fondamentalement d’annoncer l’Evangile du Christ au monde, et particulièrement aux plus pauvres. Chaque jour qui passe, ils réalisent que l’impératif missionnaire s’impose à eux, plein de force, et leur fait prendre conscience de leur responsabilité d’annonciateurs de la Bonne Nouvelle à des masses humaines grandissantes et délaissées, « dont la condition réclame à grands cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter en plénitude » (Art. 5, Constitutions et Règles).
Dans cet éveil de conscience (missionnaire), ils voient la société congolaise pas comme totalement mauvaise, mais comme l’arène où ils doivent être à l’avant-garde de l’inculturation de l’Evangile. Ils croient que, pour accomplir pleinement leur mission d’Église, ils doivent eux-mêmes revenir à la personne du Christ, au charisme fondateur pour pouvoir affronter avec passion et enthousiasme les défis des temps actuels.
Aujourd’hui, pour rendre plus efficace leur action apostolique, il leur paraît urgent d’élaborer un projet missionnaire global pour la Province. Un projet en mesure de provoquer l’enthousiasme, l’audace et la créativité ; un projet à même de mobiliser les énergies de tous, tout en clarifiant leur identité et en renforçant le sens de leur appartenance à l’Eglise.
A se pencher plus en détail sur les inévitables fluctuations et tâtonnements qu’imposent les circonstances (contextes) du moment, ils envisagent schématiquement trois axes successifs d’intervention de terrain :
En premier lieu, ils entendent intégrer l’encadrement de la jeunesse dans une pastorale présente au sein des institutions scolaires et/ou universitaires. En second lieu, ils prévoient d’orienter l’action apostolique vers l’aide aux couches les plus vulnérables de la société comme les paysans sans véritables ressources, les orphelins, les Shégués (enfants de la rue), les malades du VIH/Sida, les déplacés de guerre, les réfugiés, etc. Les missions populaires, la conscientisation des villages et l’évangélisation par les médias donneront lieu en troisième instance à des initiatives pastorales plus audacieuses. L’Administration provinciale, quant à elle, veillera toujours à sensibiliser tous les membres de la Province à ce projet global en donnant une information adéquate et en assurant une animation soutenue aussi bien sur le plan local que provincial.
Et quelles qu’en soient les contraintes et les difficultés, l’avenir de la Province oblate du Congo est envisagée avec une plus grande confiance d’autant que le charisme oblat continue à exercer son charme sur les jeunes congolais qui, de toutes les parties du pays, se disent prêts à vouer leur existence au service de l’Evangile. Par ailleurs, les sacrifices consentis et les étapes franchies jusqu’ici sont pour les Oblats un gage d’espérance.